Chaos Tomorrow

Publié le par marlaw

L'été fut brulant et on va pas s'en plaindre. Deux mois de vacances à bricoler chez moi et à trainer les festivals, j'ai passé une dizaine de jours en Bourgogne avec les copains pour l'organisation du festival Kanivo Chaos et je tiens à remercier toute l'équipe pour l'accueil, le site magnifique, l'absinthe fraiche et la caravane mise à disposition. J'ai pu y recroiser pleins d'amis que je n'avais pas vu depuis des lustres et la programmation musicale était vraiment excellente.

Par la même, sort le numéro 1 de la nouvelle newsletter de l'asso Kanivo chaos: KC INFO #1, (telechargeable en PDF) . Au sommaire, les habituelles chroniques de disques, plusieurs textes d'humeur et d'opinion, un scene report sur l'Indonésie, un interview du groupe tchèque INGROWING et les réponses que j'ai donné aux questions de Steph à propos de mes activités BLASTING DEAD ARTWORK (l'interview est également dispo à la fin de ce post).

Bonne lecture à tous, encore merci à tous et à très bientôt, on vous attend en Bretagne...

 

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1. Pourrais tu tout d'abord te présenter, et nous faire un historique rapide de Blasting Dead Artwork...

Marko, Champagnolais d’origine (nom magique et sonore, Champagnole, la perle du Jura est-il utile de le rappeler à tous les lecteurs), né la même année que le premier choc pétrolier et la mort de Picasso, y’a pas de secret… Je vis depuis 2006 dans un trou paumé en Bretagne.

Auparavant, J’ai habité pas mal d’années à Besançon (coucou les copaings !!!) où je jouais dans des groupes comme Stéroïds, Fuel injekted kids et Ratfink. J’ai été président puis salarié de l’asso Kanivo Chaos (asso qu’on a créée en 1997 avec Jean-Sé de Stéroïds et Alex de Lysteria).

Blasting Dead c’est juste un nom plutôt chantant que j’utilise depuis 2005. Au début c’était un petit label punk (y’a eu le 10’’ de Tanker Chaos ‘blast or die ‘ puis, euh… puis, plus rien). La crise financière de 2006 (précoce celle là) ayant eu raison du label.

Par la suite, j’ai gardé le nom pour signer certains dessins. Je propose donc maintenant sous l’étiquette « Blasting Dead Artwork » des illustrations (des pochettes de disques, des logos, les t-shirts, des affiches, ce que tu veux en fait). C’est mon métier depuis 2008.

 

2. Je sais que tu dessines depuis longtemps, mais Blasting Dead Artwork n'existe que depuis 2007/2008. Pourquoi avoir attendu si longtemps?

Avant 2006 je n’étais pourvu que de deux mains gauches, pas évident… De plus, je n’avais pas vraiment le temps de dessiner entre les répets des groupes, les concerts, les tournées, les cuites chez les copains, les cuites chez moi, les cuites au troquet, les activités de l’asso ou encore les parties de Risk.

Je dessine depuis longtemps, c’est vrai, mais c’était plus du gribouillage qu’autre chose. Bon, il y a eu quelques tentatives sympathiques avec le graf-zine Stérozine (avec Jean-Sé, Tramber aka Fraku et le Sam Robert) puis quelques dessins  dans Kanivo Infos (tiens, tiens…) et quelques pochettes par ci par là (Le 7’’ de Lysteria, la k7 des Killing Tomatoes entre autres).

En fait le dessin ça demande beaucoup de travail, et y’a pas photo pour progresser faut taffer tout les jours (et moi j’ai un poil dans la main, chose bien pratique quand j’ai plus de pinceau comme dirait l’ami Roland Roquais). Je suis autodidacte, je n’ai pas fait les beaux arts ou une école de graphisme, alors j’essaie de m’améliorer, je teste de nouvelles techniques, de nouveau supports ou médiums et j’observe le travail des autres dessineux, je suis avide du moindre conseil… Et c’est vrai que depuis que je suis en Bretagne, ben on me fout la paix, je peux me concentrer sur mes dessins haha…

 

3. Tu travailles des visuels pour les labels/Groupes/Asso... Comment le contact se fait-t-il avec ce genre de 'clients', si je peux les appeler ainsi? ...et travailles tu avec d'autres catégories de personnes/organismes?

Et bien Il y a un outil bien pratique maintenant c’est Internet. J’ai mon p‘tit site avec une galerie et la majorité de mes commandes passent par ce réseau. C’est quand même la classe de pouvoir travailler avec des punks en Indonésie, au Brésil ou en Europe du Nord. Sans l’outil internet, se serait beaucoup moins évident de diffuser mes dessins et donc d’être contacté pour une commande. C’est le même phénomène pour un groupe. Je me rappelle l’époque où on envoyait nos démos k7 par la poste, les colis dans la boite aux lettres, les kilos de fanzines qu’on accumulait, ça avait son charme cela dit. Fallait être motivé pour monter une tournée…

Cependant, je suis encore très old school dans mes démarches et je discute souvent de projets d’illustration aux buvettes des concerts, on se refait pas, hein…

Mis à part les labels ou les groupes j’ai bossé l’année dernière pour un projet de série d’animation, pour le textile également (je dessinais des sous vêtements, ça m’a fait marrer), pour de l’impression sur véhicule, pour des logos d’entreprise, pour un mag de jeu de rôle, ou pour l’édition en général.

 

4. Les gens te laissent généralement libre artistiquement parlant? Ou les commandes sont-elles très orientées?

Il me faut un minimum d’infos pour prendre un boulot. Le but étant de coller au mieux à l’idée des personnes qui me commandent une illustration. J’ai fait une ou deux fois l’erreur de dire « oui » à des projets où les gens me laissaient faire ce que je voulais. C’est la merde assurée, on me fait recommencer 15 fois le truc pour au final m’annoncer que c’est pas du tout ça qu’ils veulent, que ca correspond pas à l’esprit du groupe gnagnagnagnagna… Du coup j’ai perdu du temps, je me suis énervé et je n’ai pas abouti le projet.

Donc avant de commencer quoique se soit, je demande l’idée générale du projet et un maximum d’infos sur les éléments graphiques à présenter, le format, couleur ou noir et blanc, le support, le logo, les textes etc.  Une fois toutes ces informations réunies je propose un premier croquis rapide afin de montrer mon intention, je retouche si besoin, puis une fois validé, je travaille un crayonné clean, puis encrage et/ou couleur.    

 

5. Parmi tes derniers travaux, quels sont ceux qui t'ont le plus intéressé?

En général tous les tafs m’intéressent sinon je ne les prendrais pas. En fait là ou je m’éclate le plus, c’est dans la phase de crayonné, la mise en place, la structure du dessin, son squelette. C’est une partie où t’es totalement libre où tu peux reprendre, gommer, surpasser, exagérer. J’aime bien cette étape là parce que ca va vite et que ça sort du bide.

Le reste d’une illustration c’est toujours marrant mais faut être un peu plus appliqué, patient, tu as les temps de séchage de l’encre ou de la peinture et comme je suis un gros cradeuc‘ et bien souvent j’en fous partout parce que je suis trop pressé et que la manche de mon sweat a tout étalé, donc il faut recommencer…  moralité, coupe tes manches Marko…

 

6. Quelles sont tes techniques graphiques de prédilection? Es tu un aficionado de la PAO (photoshop, etc.), ou plutôt un réfractaire à l'infographie?

J’aime bien les techniques traditionnelles, le papier, les crayons, la peinture, les trucs qui salissent tes habits. Je touche un peu à tout, crayons, pinceaux, feutres, encre de chine, aquarelle, gouache, café…  j’aime bien essayer des nouveaux médiums, en ce moment, je teste l’acrylique. Pis y’a mon budget aussi qui décide parfois à ma place, quand mes feutres sont morts, ben je ressors la boite de plumes, quand j’ai plus d’encre rouge, je bâche à la gouache, quand j’ai plus de feuilles je découpe des cartons de boite de chaussures. La semaine dernière j’ai démonté un meuble chez moi, j’ai gardé les portes pour peindre dessus…  Je colle et découpe, j’asperge, je dégouline…

Sinon je ne suis pas spécialement un aficionado de l’infographie mais c’est comme pour internet tout à l’heure c’est un outil bien pratique quand même. Je me sers de l’ordinateur principalement pour finaliser mes boulots : Poser le logo et le texte, mettre au format et préparer le fichier pour l’imprimeur.

Pour mes commandes en couleur, je fais souvent la couleur sur ordi car ça va plus vite qu’à la main et ca permet pas mal de retouches sans être obligé de reprendre sur un support différent et sans fusiller mon dessin de départ.  

 

7. Tu travailles régulièrement avec Halvfabrikat Records, label suédois... Peux-tu nous présenter rapidement ce label? Comment vous êtes vous rencontrés? Comment expliques-tu cette relation particulière avec ce label? Quels sont les différents travaux que tu as réalisés pour Halvfabrikat?

Halvfabrikat records est un label suédois spécialisé dans le punk, l’anarko, le crust, le metal et ses dérivés. Je connaissais certaines de ses prods via la Kanivo distro avant que Danne (le boss) ne me contacte. Il cherchait un illustrateur pour la pochette du split 7’’ des suédois Passiv Dödshjälp et des norvégiens Livstid. Il avait vu mon travail via mon site et appréciait certaines pochettes. Le courant est tout de suite bien passé entre les groupes, Danne et moi. Ils avaient une idée bien précise de ce qu’ils voulaient mais n’arrivaient pas à la mettre en place. Ce fut donc notre première collab’. Puis Livstid m’ont commandé une illus’ pour un T-shirt puis une pochette pour un split avec un groupe Hongrois Human Error. Danne m’a ensuite proposé de travailler sur la compil’ anniversaire pour les 10 ans du label et actuellement je finalise l’artwork du premier LP de Passiv Dödshjälp.

Comment expliquer cette relation particulière ? Je pense que Danne et les groupes apprécient mon travail tout autant que j’apprécie leur musique et le style du label. On se comprend rapidement (le suédois, c’est juste une histoire de tréma et de o barré en fait). On échange pas mal de courriers sur d’autre sujets que la zic ou le dessin et ça c’est toujours agréable.      

 

8. As-tu d'autres activités artistiques, hormis le graphisme?

Je suis un expert dans la cascade visuelle ! Malheureusement mon emploi du temps ne me permet pas de me ramasser autant de fois que je le souhaiterais. Ca me rappelle « les dents de la mer », la scène où les mecs ils se la pètent avec leurs cicatrices. Je pense ne pas être trop mal classé au tableau sachant que je me concentre sur la boite crânienne.  Concours de points de suture sur la tête à bibi : 24…

A part cette passion pour la roulade avant, j’apprends le tattoo depuis quelques mois et ce que je peux en dire c’est que ce n’est pas évident de dessiner sur du papier qui parle et qui bouge…

J’ai rangé la 6 cordes et je ne joue plus de zic depuis 2006. Bizarrement, ça ne me manque pas tant que ça. Si, des fois quand je mate un groupe sur scène…

 

9. Tu vis en Bretagne depuis quelques années... Peux-tu nous décrire un peu ta région, mais aussi la scène indépendante Bretonne, musicale et plus généralement artistique?

Ahhhhh, la Bretagne, ses plages et ses falaises, son fameux soleil, ses moules, son beurre salé, ses cochons, son andouille de Guéméné, son cidre, son chouchen, et sa gnôle de pomme… Pour l’ambiance générale, rematez « les galettes de Pont-Aven » avec Jean Pierre Marielle et vous aurez une petite idée du truc.

J’aime beaucoup, c’est une région bien Rock’n’roll. Un peu moins maintenant qu’il y a quelques années mais y’a encore de beaux restes. En Bretagne,  Il y a une espèce de tradition pour se la mettre, que se soit lors des fest-noz (soirée « folklorique » ou petits et grands se retrouvent pour faire la ronde au son des binious… même si personnellement je préfère la buvette…) ou lors des festivals d’été qui pullulent en Breizh. Ici on dit « foutre dans sa gueule », c’est beau nan ?

Et comme en Bretagne, dès que tu soulèves un caillou y’a une légende qui te pète à la tronche, l’imaginaire, les fées et les lutins ça tournent la tête. Il y a une quantité d’artistes peintres et d’illustrateurs bien barrés (citons le Bobs aka Tonton Bobino) et donc pleins de galeries d’art.  Allez faire un tour à L’atypik à Gestel, c’est un collectif d’artistes qui dispose d’un lieu de travail et d’expo en bordure de forêt. Ils programment souvent des groupes lors des vernissages.

Au niveau de la scène « indépendante », je file régulièrement un coup de main à l’asso Mad Kitchen Drum’s qui organise une dizaine de concerts par an dans la région de Lorient. On n’est pas très nombreux dans cette asso mais ça gère bien et la programmation est assez variée, ca passe du punk rock, au hardcore old school, à des trucs plus crust, en fait y’en a pour tout le monde.

Sinon on est souvent en goguette avec Mass Production de Rennes. La Mad Kitchen Drum’s file la pince aux cuisines pour le festival annuel « Vive le punk ! » qui a lieu le 13 juillet à Callac avec une programmation à la hauteur d’un festival punk breton. L’année dernière, la même soirée on a eu Varukers, Ratos de Porao, Heyoka, Agrotoxico, Rawside… Mass prod qui a fêté ses 10 ans en 2006 est aussi un label qui a produit de nombreux groupes français et internationaux.

 Côté bons groupes bretons je citerais: Urban Attack, Thrashington DC, Mad Thrashers, Mauvaise Graine, The Wanted, Murder One, Warkorpses, Collaps Machine, Banane Metalik, The Decline, et il en manque…

 

10. En tant que graphiste, peux-tu nous citer quelques unes de tes influences?

Je pourrais en mettre des tonnes…

Je commence par les plus vieux… Jérôme Bosch, peintre hollandais du XVème siècle, diableries !!!! Howard Pyle, illustrateur Américain du XIXème, l’iconographie pirate, c’est lui! Edvard Munch, peintre norvégien du début XXème un cri de folie. Alphons Mucha, illustrateur tchèque du début XXème, mamamia ! Les cheveux et les arrières plans et les pin-up !!!!

Ensuite, ce sont principalement les auteurs de comics anglo-saxons avec Franck Miller (« Batman » mais surtout « Sin City »), la vache comment il pose ses noirs celui là ? Mike Mignola (« Hellboy »), ben pareil que l’autre mais un poil plus fino, haha. John Buscema (« the savage sword of Conan ») dont suis un fan inconditionnel en particulier les « Conan » encrés par Alfredo Alcala, une tuerie dans l’art de la hachure… Bernie Wrighton (« Frankenstein ») pour ses lumières et encore ses satanées hachures, j’en bave à chaque vision. Simon Bisley (« Slaine », « Lobo ») qui est un grand malade…

La BD Franco Belge quand même, avec l’inévitable Franquin, j’adore aussi Vatine (« Aquablue ») Rosinski (« Thorgal ») Giraud (« Blueberry ») Hermann (« Jeremiah ») et Ledroit (« Requiem » ou « les chroniques de la lune noire »)

Et je ne pourrais pas conclure sans parler du maitre, j’ai nommé Franck Frazetta pour l’ensemble de son travail que se soit sur Tarzan, Buck Rogers, Conan, Vampirella, le Death Dealer ou toutes ses peintures magnifiques que je me lasse pas de regarder.  

 

11. Un livre, une bande-dessinée, un film, un groupe, qui t'as soufflé dernièrement?

Ce n’est pas évident… Le dernier bouquin que j’ai  lu et aimé doit être « l’instinct de mort » de Jacques Mesrine. J’avais vu le film avant, j’avais trouvé le film bien mais sans plus, le bouquin écrit par Mesrine est quand même vraiment mieux.  

Une BD, « Death Dealer » par Nat Jones et Joshua Ortega. La BD est inspirée par les 5 tableaux de Frazetta représentant le Death Dealer. La cerise sur le gâteau, c’est le supplément qui clos le bouquin avec toutes les recherches, croquis et dessins préparatoires…

Un film, « Dead Snow » un film de zombies norvégien avec des nazis… une pincée de Bad Taste, une cuillérée de Brain Dead et une once d’Evil Dead, je ne m’étais pas marré depuis longtemps devant un film…

Un Groupe, Ratos de Porao à Callac l’été dernier… une Tuerie !

 

12. Merci d'avoir répondu à mes questions! Le mot de la fin?

Merci de m’avoir accordé quelques lignes dans le zine, je suis ravi que Kanivo Chaos publie à nouveau un zine. Longue vie à lui !

Bon hé oh, raconter toute ces histoires, ça donne soif aussi… vais me chercher une cannette pour la peine… Mais avant d’aller au frigo, j’en profite pour saluer tout les potos à Bez’ et ailleurs d’ailleurs, on descend vous voir bientôt promis! Et puis si vous ne savez pas quoi foutre vous pouvez toujours allez jeter un œil sur mon site http://www.blastingdead.com

Bon je file j’ai trop soif…

Cheers and raise hell

Marko

 

 

 

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